En période de guerre ou de crise, un sage milliardaire avait l’habitude de dire : ” lorsque le sang coule dans les rues, achetez des terres ! “ Le conseil est judicieux, mais lorsque les valeurs immobilières sont aussi incertaines que l’économie elle-même, certains préfèrent se tourner vers une autre valeur refuge: l’art.
Fabuleuse ironie ou juste retour des choses, les virtuoses des places financières ont certes fait chuter les cours de la bourse, mais depuis leur fiasco, le marché de l’art a atteint des sommets. Des segments d’escaliers estampillés Gustave Eiffel aux carnets d’écriture de Jacques Brel, de Sotheby’s à Londres et à Paris, à Christie’s à New-York, les objets d’art se sont monnayés à prix records. L’art, nouveau terrain pour la culture de l’argent ? Rares sont ceux qui le nient encore. La bourse de l’art n’est pas un mythe mais une réalité de plus en plus palpable. Alors certes, les plus chanceux investissent et enrichissent leur patrimoine culturel, mais certains n’ont d’autres choix que de se délester d’une ou deux pièces, héritées, ou acquises, alors que le climat y était plus favorable. Toiles, sculptures, gravures, pièces de haute-couture, lorsqu’elles restent trop longtemps “chez ma tante” finissent par faire le bonheur des collectionneurs et des acheteurs, de plus en plus nombreux aux enchères du Crédit Municipal. L’art, objet même de la culture, semble avoir échappé au marasme économique et en avoir indirectement profité. En revanche, l’avenir des acteurs de la culture semble se dessiner avec beaucoup plus de difficultés.
” Accessibilité”
Nicolas Sarkozy voulait envoyer un message clair au monde de la culture lorsqu’il leur a témoigné ses voeux le 12 janvier dernier : cette année sera celle d’une culture plus accessible. L’ambition n’est pas nouvelle, mais alors que les réformes en forme de restriction de budget pleuvent sur les ministères (éducation et culture en ligne de mire), le Président semble avoir privilégié l’effet d’annonce sur les effets tout court. En annonçant la gratuité des musées et des monuments pour les moins de 25 ans, le gain de popularité est certes immédiat, mais celui des caisses du ministère de la Culture, dangereusement négatif. Avec seulement 0,42 % du budget de l’Etat consacré à la culture, on peut, sans se tromper, s’inquiéter d’une telle mesure sur les recettes des lieux culturels. Il est toujours utile d’apaiser les symptômes les plus visibles, mais il ne faudrait pas oublier de chercher le véritable remède de la crise que connapit la culture en France. Budgets insuffisants, artistes mal accompagnés, intermittents du spectacle délaissés, industries du disque et cinématographique essoufflées. Le tableau n’est pas fameux, mais les moyens existent pour l’embellir. Favoriser l’accès des jeunes n’est donc qu’un premier pas, et d’autres sont nécessaires pour envisager une culture plus prospère et plus riche dans tous les sens du terme. Cependant, là encore, l’argent manque pour remettre à flot les acteurs de la culture et regonfler les voiles de ses structures. Amputer la flotte de certains de ses vaisseaux pour se concentrer sur les plus importants, tel est le plan mis en oeuvre par le gouvernement pour sauver la culture de la noyade. Des sacrifices qui peuvent laisser perplexes les plus réformateurs, qui avaient, jusque-là l’habitude d’accorder plus de crédits à une culture chaque année plus fragile. Moins de moyens, mais une ambition à la hausse : démocratisation. L’audiovisuel public, en plein bouleversement, devra, avec moins d’argents, participer à développer cette culture plus accessible. Le pari est lancé par le Président de la république, mais s’il faut un perdant, ce sera Patrick de Carolis; hiérarchie oblige, celui qui nomme a l’avantage.
Qualité ne rime pas toujours avec rentabilité
La France est championne du monde du piratage d’oeuvres audios et cinématographiques. Un titre que beaucoup de maisons de disques et de producteurs auraient préféré laisser échapper. Christine Albanel a trouvé là un nouvel argument, s’il en fallait un autre, pour justifier la loi contre le piratage, ou mieux, pour la renforcer. D’autres acceptent ce titre comme la preuve d’une richesse culturelle plus accessible et l’opposent au record d’affluence dans les salles obscures en 2008. Le cinéma français ne serait donc pas en crise ? Si l’on s’en tient aux recettes, sans doute pas. Cependant, avec un film intitulé “Bienvenue chez les Ch’tis” comme premier film de l’année en terme d’audience, le bilan se révèle plus mitigé. Si la rentabilité s’opère au détriment de la qualité, peut-on demander à l’art d’être rentable ? La question est légitime, mais l’Etat lui-même ne semble pas prêt à trancher. Si les plus hautes instances terrestres ne parviennent pas à trouver de solutions, il ne nous reste que les cieux à interroger. En nous voyant, les yeux levés, Claude berry aura peut-être l’obligeance de faire un signe à ses compatriotes en leur lançant : Tchao Pantins !
Laïla Ben Daoud
