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et si on nous fichait ?

et si on nous fichait ?

Alors que les statistiques ethniques ont été désavoués par la commission chargée de réfléchir sur une éventuelle modification de la Constitution dans ce sens, le débat autour du fichage éthnique est à nouveau lancé.

Avec un rapport qui disqualifie complètement le répertoriage racial pour promouvoir la diversité et lutter contre les discriminations, on pourrait croire le débat clos. Ce serait sans compter les pressions communautaires et lobbyistes. Tandis-que les premiers ne cachent pas une volonté de réclamer des réparations que ces fichiers pourraient faciliter, les autres y verraient un avantage certain pour mener leurs stratégies marketings. Au départ favorable à ces mesures pour promouvoir la mixité éthnique, Nicolas Sarkozy a dû faire face à des obstacles juridiques qui l’ont amené à user de nominations pour “montrer l’exemple”. Mais ces nominations n’ont pas apaiser les partisans de la discrimination positive qui avancent les piètres progrès accomplis dans l’intégration des enfants d’immigrés. Les plus radicaux aimeraient la mise en place de quotas, à l’image des Etats-unis, mais le bilan de cette politique outre-Atlantique est loin de faire l’unanimité. Les statistiques éthniques avaient certes poussé les plus réticents à ouvrir les portes de leurs entreprises aux minorités, dans les premières années, mais à long terme, la multiplication des procès a induit un système de quotas implicites. La situation sociale des Afro-Américains est encore loin d’être suffisante, et la mixité dans les villes n’a pas progressé. Pire, le référencement racial a aiguisé les rivalités entre les différents groupes raciaux et chaque minorité revendique un traitement particulier. “C’est l’évolution logique de ce genre d’appareil qui va vers la fragmentation” selon le sociologue Gwenaëlle Calvès. Avec 116 catégories de recensement différentes, les Etats-Unis sont encore loin devant le royaume-unis qui en compte 29. Cette surveillance éthnique dans ce dernier a mis en exergue une dégradation de l’égalité raciale alors même que Londres revendique sa richesse cosmopolite. Le risque de “racialisation” des débats est un autre problème qui inquiète la France. Mais son systèeme d’intégration essoufflé demande un renouvellement de sa politique sociale. Le fichage éthnique est tentant mais il est remis en doute aux Etats-Unis où Barack Obama envisage d’insérer le facteur social dans son action. Il existe des moyens de déterminer la race d’un individu sans user de fichage éthnique. Les données de lieu de naissance, nationalité des parents permettent déjà de connaître l’appartenance éthnique. Les recensements de l’Insee permettent d’ores et déjà de collecter toutes les données nécessaires pour reconnaître la race d’un individu, mais ces fichiers ont un accès restreint et sécurisé. L’Insee envisage d’ailleurs de permettre l’accès à ces données dans un centre sécurisé. Les entreprises pourraient adopter ce fichage “après accord avec la CNIL dans des fichiers temporaires anonymes” explique la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés. Cependant, les scientifiques restent attachés à une méthode géographique critiquée par les lobbyes communautaires car elle excluera la troisième génération. Mais selon Patrick Weil, seules les premières et deuxièmes générations doivent être prises en compte. “Ensuite, les gens doivent trouver leur place.”

Laïla Ben Daoud

Laïla Ben DaoudLa discrimination positive et les quotas autorisés par le fichage ethnique peuvent sembler séduisants. Dans une société idéale, il y aurait 7,53 % de noirs, 5,26 % d’arabes et 2,99 % d’autres minorités dans chaque entreprise, chaque école, chaque université. Dans une société idéale, chacun jouirait d’une chance égale, de conditions égales, mais la société ne l’est pas. Idéale. Et c’est d’ailleurs pour cela que certains veulent y remédier, calculatrice à la main, pour disent-ils, rendre la société plus juste, donner une chance à la diversité. Avoir été disqualifié, rejeté à cause de sa couleur de peau est aussi humiliant et injuste qu’avoir été sélectionné pour cela. A cela près qu’en étant choisi pour sa couleur de peau, on finit par éveiller la colère, une colère à laquelle on ne peut répondre qu’avec des chiffres. Sa propre colère et celle des autres. La société n’est pas parfaite, mais vouloir la contraindre avec des moyens aussi discutables ne la rendra pas meilleure. Les Etats-Unis en sont l’exemple le plus flagrant, et l’élection d’un président noir ne doit pas faire oublier le sort de millions d’autres que la discrimination positive n’a pas protégés. Ce ne sont pas les chiffres que les immigrés et enfants d’immigrés veulent voir évoluer, ce sont les mentalités. Bleu, blanc et rouge sont les seules couleurs qu’ils veulent voir au-dessus de leur nom.

Laïla Ben Daoud

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