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Valérie Pécresse face aux grèves des Universités.

Valérie Pécresse face aux grèves des Universités.

Journée de grève et de manifestations dans les universités. Les enseignants chercheurs répètent partout en france avant la mobilisation nationale du mardi 10 février.

Le bras de fer se durcit entre les enseignants chercheurs et la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Hier à Strasbourg pour inaugurer la nouvelle plus grande université de France, Valérie Pécresse a été accueillie par 1600 manifestants selon la police, 2000 selon les organisateurs. Venus protester contre le décret sur leur statut (voir article du 3/02), la supression de 900 postes et la réforme de la formation des enseignants du primaire et du secondaire, les enseignants chercheurs se sont réunis au Palais de l’Université de strasbourg (UDS) alors que la ministre dévoilait une plaque consacrant la nouvelle faculté.

La méthode Coué

Une viongtaine de manifestations était prévue hier sur l’ensemble du territoire. A Paris, le mouvement s’est amplifié. Les étudiants des universités Paris VI et VII, emmenés par leur pricipal syndicat, l’Unef, ont décidé de rejoindre leurs enseignants pour cette quatrième journée de grève. Un cortège parti de Jussieu devait défiler à partir de 14h30 jusqu’au ministère de l’Enseignement Supérieur dans le Ve arrondissement parisien. Etienne, jeune chercheur en physique des solides et enseignant à l’Université René Descartes préparait une banderole où l’on pouvait lire: “SOS Valérie en détresse”. Le jeune homme déplore le refus de la ministre d’ouvrir le dialogue avec les syndicats. Dans une interview accordée au Point mercredi, la ministre réitérait sa détermination: ” Le retrait serait un recul considérable pour tous les (enseignants) chercheurs.” Le ton est donné. La réforme paraît inéluctable pour la ministre, mais son infléxibilité irrite la communauté universitaire déjà malmenée par une politique qui durcit l’accès au financement pour les centres de recherche.

” Aujourd’hui, beaucoup de projets sont menacés d’un arrêt pur et simple car les chercheurs n’ont pu justifier le but de leurs recherches. Dans des domaines souvent abstraits comme la physique fondamentale, qui nécessitent de lourds budgets, cela est inacceptable” explique le jeune chercheur. ” Ce n’est pas juste un statut que je veux défendre. C’est une recherche et un enseignement cohérents avec les valeurs de la République. Notre indépendance est menacée et le gouvernement veut instaurer une concurrence malsaine entre les chercheurs, ce qui altèrerait l’enseignement que nous dispensons.”

En écoutant les chercheurs rassemblés devant le campus de Jussieu, on remarque que le sentiment de ne pas être écouté est partagé. ” Ce que nous craignons, c’est un mouvement long et pénible qui pénaliserait enseignants et étudiants, et que le dialogue soit rompu avec le ministère. Pour l’instant, il ne veut pas nous entendre, et c’est dans la rue que nous devons l’interpeller ” déplore ainsi Etienne. Les universitaires semblent prêts à battre le pavé encore longtemps pour faire tomber le mur Pécresse.

Laïla Ben Daoud

JussieuLes syndicats d’enseignants chercheurs et d’étudiants se sont réunis aujourd’hui dans les universités pour décider de la poursuite de leur mouvement et d’une éventuelle grève illimitée des administrations.

” Mieux vaut une bonne grève que de mauvaises négociations.” Voilà ce qu’on pouvait lire hier sur le tableau de l’un des amphithéâtres de l’université Pierre et Marie Curie. A l’issue d’une assemblée générale à rebondissements, la grève illimitée de l’administration a donc été votée massivement dans le campus parisien.

Il est 12h30 à Jussieu lorsque l’assemblée commence dans une salle bondée de l’université Paris VI. “Les cours n’ont pas été perturbés ce matin” confie l’un des enseignants venus assister à la réunion organisée en hâte après la manifestation de jeudi 29 janvier. ” Mais des collègues ont déjà commencé à protester en ne rendant pas les copies d’examen “. Les revendications se succèdent parmi les enseignants chercheurs venus défendre leur statut, remis en cause par un nouveau décret sur la modulation de leurs heures de travail. Catherine Senior, chargée de recherche au CNRS et enseignante en chimie à l’université explique: ” Les enseignants chercheurs sont évalués sur la qualité de leurs recherches. Les meilleurs d’entre eux feront loins d’enseignement et les moins bons seront condamnés à les remplacer en consacrant plus de temps aux cours. Ce qu’il faudrait, c’est plus d’enseignants pour subvenir aux besoins des élèves, et pas de cours-sanctions pour les chercheurs déjà en grande difficulté du fait du manque de moyens. Si la réforme passe, les étudiants seront les premiers à en pâtir.”

Les représentants de FO et de l’Unef, principal syndicat étudiant, inscrivent les revendications énumérées par leurs collègues en rang serrés dans la salle surchauffée de l’université: retrait du décret enseignant chercheur et conservation de l’année de stage rémunérée pour les jeunes enseignants, refus des suppressions de postes, meilleure répartition des moyens entre les universités, arrêt immédiat des évaluations d’enseignants et du démentèlement du CNRS, la liste est longue. Chaque point est voté par les 400 personnes présentes à l’assemblée. Les premières questions sont vite traitées, beaucoup font l’unanimité, mais bientôt le débat prend une nouvelle tournure. La LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités, est au coeur du débat, et les étudiants, restés jusque-là en retrait, commencent à dénoncer cette loi d’autonomie déjà en marche dans la plupart des campus de France. Les appels à l’unité entre professeurs et étudiants se multiplient et une assemblée de coordination du mouvement réunissant 75 universités est prévue à 14h à la Sorbonne. Cependant, la solidarité entre universités est d’ores et déjà en péril puisque les directions de plusieurs d’entre elles, celle de Paris VI inclus, ont déjà signé le texte de la réforme proposée par valérie Pécresse, ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur. Certains dénoncent une attitude “sarkozyste” de la direction mais aucun représentant de l’administration n’est présent pour répondre.  La grève est finalement votée à 371 voix contre 8. Les hostilités ne font que commencer.

Laïla Ben Daoud

Questions à Catherine Senior, chargée de recherche au CNRS et enseignante à Paris VI, présente à l’assemblée générale du 2 février 2009.

- Pourquoi être venue aujourd’hui ?

Je suis venue pour prendre la température du mouvement. Dans une université scientifique, certains hésitent encore à faire grève alors que leur statut est menacé. Les scientifiques ont beaucoup de mal à réaliser l’ampleur du danger.

- Quelle est votre principale revendication ?

Le dernier décret du gouvernement est incompatible avec la vision de l’enseignement qui est la mienne. Celle d’un enseignement de qualité. Nous sommes restés trop longtemps passifs face aux réformes que notre ministère a lancé sans nous consulter. C’est donc maintenant ou jamais.

Laïla Ben Daoud

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