
Réacteur nucléaire de Flamanville (Seine-Maritime) en construction
Le chef de l’Etat a confirmé hier la construction d’une seconde centrale EPR à Penly. Le projet devrait permettre à la France d’exporter de l’électricité, mais les écologistes tirent la sonnette d’alarme.
“Je viens de décider avec le premier ministre un nouvel EPR, parce-que la France qui n’a pas une goutte de gaz, une goutte de pétrole, va pouvoir exporter de l’électricité.” Le ton est péremptoire et ne laisse pas place au doute. L’annonce du Président de la République à la conférence de presse jeudi soir n’a surpris personne et en a réjoui beaucoup. Acteurs politiques, économiques et sociaux ont salué ce geste censé relancer l’industrie nucléaire française: Areva, EDF, et même GDF, désigné comme associé minoritaire du projet. Beaucoup mais pas tous. Les associations écologistes, soutenues par les Verts, ont dénoncé une contradiction flagrante avec les engagements pris lors du Grenelle de l’Environnement. En visite hier à Flamanville, où la première centrale de troisième génération est encore en construction, Nicolas sarkozy devait rencontrer les organisations syndicales et les salariés. Le chantier, commencé en décembre 2007 pour une mise en service prévue pour 2012, fait pourtant polémique au sein de la communauté écologiste. ” Alors que le Président de la République veut doter la France d’un deuxième EPR, il est bon de rappeler certains chiffres qu’Areva, EDF et lui-même feignent d’oublier ” déclare Yannick Rousselet, de Greenpeace France. ” Tous prétendent que l’EPR va produire moins de déchets, mais personne ne précise qu’ils seront plus radioactifs et sept fois plus dangereux que ceux générés par les réacteurs classiques. Ils vont également constituer un casse-tête insurmontable et très onéreux pour l’industrie, qui échoue déjà à gérer les déchets nucléaires classiques.”
Enterrer les problèmes
Alors que des pays comme l’Allemagne et les Etats-unis remplacent peu à peu leur parc nucléaire par des souces d’énergie renouvelable, la politique énergétique inquiète: ” Les milliards d’euros prévus pour la construction d’un nouvel EPR seraient autrement plus intelligemment dépensés s’ils l’étaient dans les domaines des économies d’énergie et des énergies renouvelables, créateurs de 11 à 15 fois plus d’emplois, pérennes et non délocalisables “ s’insurge une représentante de l’association Sortir Du Nucléaire.
Une autre vision de la solidarité
Le stockage sur le sol français de déchets nucléaires étrangers étant interdit depuis la loi Bataille de 1991, l’ensemble des résidus issus des opérations antérieures de l’usine Areva (Cogema) de la Hague doit retourner vers les pays concernés. Le retour des déchets a aujourd’hui commencé, mais la France n’enverra sans doute pas les nouveaux déchets produits aux pays clients une fois l’énergie livrée. Cependant, tout n’est pas perdu, du moins pour nos voisins européens qui, à défaut de polluer chez eux, pourront payer la France pour le faire chez elle.
Laïla Ben Daoud
