Jean-Baptiste Grange, leader de la Coupe du Monde de slalom.

Jean-Baptiste Grange, leader de la Coupe du Monde de slalom.

Alors que les Championnats du monde de ski ont débuté hier à Val-d’Isère, l’industrie du ski en France affronte une crise majeure que l’excellente saison 2008/2009 n’a fait que retarder. Autopsie d’un secteur en pleine restructuration.

” Les pistes sont blanches, les stations noires de monde, mais on s’attend à des prévisions dans le rouge pour l’année à venir. ” Le bilan d’Alice, chef du rayon ski d’un célèbre magasin de sport à Paris, ne laisse que peu de placeà l’optimisme. Malgré des ventes d’équipements en hausse, dopées par le très bon niveau d’activité des stations, le secteur reste donc fragile. Pour rappel, les ventes de paires de skis ont diminué de moitié en seulement 10 ans (de 6 à 7 millions à 3,5 millions), et les deux dernières saisons de ski, “bonnes” selon Hervé Novelli, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, du tourisme et des services, n’ont pas suffi à relancer un secteur qui connaît aujourd’hui de graves mutations.

La piste asiatique

L’avalanche de la crise économique n’a pas épargné les fabricants de skis français. La célèbre marque de sport d’hiver, Rossignol, a mis, hier, 700 salariés des usines de Nevers et Sallanches, en France, d’Artès, en Espagne et de Montebelluna, en Italie, au chômage technique. Ce nouveau coup dur, qui devrait durer deux mois, intervient quelques semaines après l’annonce par le groupe Salomon de l’arrêt de sa production en France.

Si le site de Sallanches venait à fermer définitivement, ce serait donc la fin pour la production de skis en France, car aujourd’hui, la plupart des produits de ces marques mythiques ne sont plus fabriqués sur le sol français, mais en Espagne ou en Chine. Frappés par la mondialisation et le recul du marché, les deux groupes ne cachent plus leur volonté de délocaliser davantage leur production en Asie pour réduire des coûts de productions encore peu compétitifs.

” Les prix n’ont pas baissé “

Cependant, les répercussions aux caisses des magasins de sport risquent de se faire attendre. Le ski reste un sport cher pour la plupart des Français. La jeune responsable parisienne explique: ” Les prix n’ont pas baissé cette année, comme la saison dernière, mais beaucoup de promotions sont proposées, parfois bien avant les fêtes, pour permettre aux skieurs de prendre les pistes le plus tôt possible. De 10% à 30% de remise, plusieurs semaines avant le début des soldes. Aujourd’hui les clients attendent les bonnes affaires.”

Conscients de cette tendance, les voyagistes ont cassé les prix des séjours au sport d’hiver cette année, et nombreux sont ceux qui se tournent vers les enseignes low-cost pour louer leur équipement. Les sites web de location ou de vente d’occasion se sont multipliés ces dernières années, profitant d’un engouement non démenti pour la vente sur internet.

La pente s’annonce donc raide pour l’industrie du ski dans l’hexagone, mais le savoir-faire français reste une force incontestable dans un secteur en perpétuel renouvellement.

Laïla Ben Daoud